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Les prêtres ont besoin d'amis |
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29/05/2010 |
| "Dis-moi quel est ton bonheur d'être prêtre et je te dirais qui tu es" Ainsi parle Philippe Boyer dans un beau témoignage publié par La Croix du 26 Mai 2010 dans l'enquête "Les prêtres ont besoin d'amis". Nous ne pouvons que redire à notre Président d'Honneur, sans jeux de mots, qu'il nous fait honneur à tous. Voici un extrait de l'article. |
Les prêtres ont besoin d’amis |
En ville, ou comme ici à la campagne, les prêtres parfois isolés géographiquement racontent combien sont importants pour eux les liens affectifs et d’amitié qui les aident à vivre sereinement leur ministère. Dans le diocèse de Saint-Flour (Cantal), les distances sont beaucoup plus longues par la route qu’à vol d’oiseau, car l’Auvergne est une région montagneuse. Et l’hiver laisse parfois à l’écart certains villages et habitations. Les prêtres de paroisse ayant plusieurs clochers sous leur protection n’y accèdent pas toujours : « Il m’arrive de ne pas prendre la voiture pour ne pas risquer d’embardées qui compliqueraient encore la tâche des services de sécurité », reconnaît le P. Jean Cheminade, curé du secteur pastoral de Vic-sur-Cère, au nord-est d’Aurillac. « Pourtant, dans cette province accidentée à faible densité de population, on parcourt fréquemment 50 km rien que pour aller dîner chez des amis. Cela m’arrive aussi », poursuit ce prêtre de 62 ans éminemment cordial. L’isolement : tel est bien l’écueil à contourner quand on vit en milieu rural, même s’il n’est pas l’apanage de la seule campagne et touche aussi les grandes villes anonymes. Pour le P. Philippe Boyer, 38 ans, responsable de la zone pastorale de Saint-Flour, qui loge à 30 km au nord de l’évêché, dans le joli presbytère de Massiac qu’il a remis à neuf afin de bien recevoir, l’isolement est justement l’ennemi à combattre. Non pas tant pour lui, qui a tendance au contraire à chercher un peu de solitude, car il est très sollicité, mais pour ceux qu’il croise dans son ministère : « Il ne s’agit pas d’attendre les gens dans les murs de la cure – et Dieu sait que je n’arrête pas d’en ouvrir la porte – mais d’aller là où ils se trouvent. » « Maintenant, il faut faire attention à tous ses gestes ! » La réalité est peut-être un peu plus complexe, selon Jean-Philippe Ajalbert, un de ses très bons amis, jeune père de famille : « Je crois que Philippe a besoin des autres. Chez lui, il y a deux facettes : celle qui, plus cachée, révèle une profonde vie intérieure et qui exige de la solitude, mais aussi celle qui trahit une énorme envie de partager. » Car, de fait, l’homme est généreux : « On fait plus appel à lui que lui appel à nous », note Dany Gomont, directrice de l’école catholique Saint-André jouxtant le presbytère, qui ne s’y est pas trompée. Ce jour-là, le P. Boyer s’est invité à déjeuner à la cantine, comme il le fait souvent. En traversant la cour, les petits enfants viennent vers lui en criant avec force : « Père, père, padre… » Lui leur serre la main en lâchant, non sans quelque ironie : « Je ne peux pas les embrasser ! Maintenant, il faut faire attention à tous ses gestes ! » Ni lui ni ses confrères du diocèse ne semblent cependant traumatisés par les regards de suspicion qui pourraient les blesser. Les paroissiens et les amis apportent à l’inverse leur bienveillance : « C’est l’amour des personnes qui vous pousse. À elles de veiller sur leur curé. Dis-moi quel est ton bonheur d’être prêtre et je te dirai qui tu es », lance Philippe Boyer. « Le protéger, lui ? Il suffit de voir combien il est plein de vie pour être rassuré sur son sort », observe Denis Brunel, un professeur de l’école Saint-André. Les amis laïcs, il les compte sur les doigts d’une main N’empêche, tous les prêtres ont droit à une vie affective et ne jouissent peut-être pas du même solide équilibre. Certains ont davantage besoin d’être entourés et, s’ils ne le sont pas, devront faire acte de volonté pour sortir de leur réclusion : « S’isoler s’avère parfois nécessaire, mais pas trop, car alors on peut se mettre en danger. Et refuser les risques d’inimitié du grand large en se laissant embaumer par deux ou trois amis n’est pas la meilleure idée », estime le P. Boyer.[...] |
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